Lettre aux Québécois d’un Français (de France)

Chers amis du Québec, vous pouvez aider la France ; vous pouvez l’aider en lui rappelant qui elle est. Vous, chers amis québécois, avez en revanche un amour véritable pour vos racines, et l’habitude d’une résistance aussi féroce que pacifique face au monde anglophone.

14 décembre 2019

Très chers amis québécois,

C’est en voulant trouver des chansons traditionnelles sur internet pour mon fils de sept ans que j’ai découvert avec émerveillement l’univers québécois, sa poésie, sa culture, sa façon unique de voir le monde, sa survivance face à l’anglophonie, son humour aussi.

En écoutant vos chansons et votre musique, quelque chose s’est passé en moi, a passé en moi, que je n’avais jamais ressenti auparavant, comme une adhésion, naturelle, profonde, vivante. Pourtant, je connaissais déjà la musique irlandaise, celtique, bretonne… mais mon enthousiasme y était chaque fois comme borné dans sa ferveur.

Et bien, je peux vous assurer que c’est en écoutant votre musique que mon cœur a fait un tout autre bond et qu’une tout autre ferveur a jailli.

Bien sûr, dans mon enfance, mon père parlait quelquefois avec chaleur de nos « cousins québécois », mais ça n’allait pas plus loin. Par la suite, aveuglé par les médias français, souvent arrogants et condescendants à votre égard, qui véhiculent une image moqueuse de l’accent et des préoccupations des Québécois, mon attirance pour votre culture était en berne.

Récemment, j’ai donc voulu en savoir plus et j’ai commencé à étudier cette histoire de la « Nouvelle France », dont jamais je n’avais entendu parler à l’école républicaine, celle-ci étant surtout avide d’effacer toute trace d’un passé fraternel et glorieux, et ne voyant dans la France d’Ancien Régime qu’un âge sombre de tyrannies qu’allait bien vite balayer la propagande éclairée de 1789, au nom du progrès, de l’égalité et de la liberté.

Chers amis québécois, j’ai été bouleversé par toutes ces découvertes historiques, comprenant soudainement – et à ma grande honte, je le confesse – la signification de la phrase « pourquoi les francophones ne se souviennent-ils pas ? » dans la chanson du groupe Le Vent du Nord (Confédération).

Cette amnésie, je veux aujourd’hui la balayer en tissant, à ma petite échelle, un nouveau lien avec tous ceux qui le voudront bien. Oui, je veux, à ma mesure, réparer cette mémoire et entrer en résonnance avec ce magnifique passé commun, pour enfin marcher sur mes deux pieds !

Il me semble que des enjeux souterrains et secrets président à cet élan. Alors que je viens d’écrire un Manifeste pour la France et la langue française, je prends conscience à quel point nous, Français, avons besoin du Québec.

Je m’explique. Vous possédez plusieurs choses que nous n’avons plus ou qui ne susbistent plus qu’à l’état de traces chez quelques-uns d’entre nous, à cause de notre ignorance, de notre arrogance et de notre suffisance : le respect de la tradition la joie de vivre pour autre chose que la consommation ; le respect et l’amour de la langue française (admirablement inventive face aux anglo-américanismes) ; une forme d’authenticité dont nos esprits jacobinisés, parisianisés, ricanent et qu’ils prennent pour de la naïveté, alors qu’elle est tout simplement l’amour de la vie et de l’accueil des autres.

Cette naïveté, les Français sont d’autant plus prompts à la moquer qu’elle leur rappelle la leur, celle qu’ils ont abdiquée en même temps qu’ils se sont pris pour Dieu en se faisant les champions autoproclamés des « Droits de l’homme ». Vaste supercherie ! Imposture ! dont le Français de ce début de XXIème siècle sent bien, au plus profond de lui, qu’elle ne tiendra plus bien longtemps.

Deux autres choses, enfin, nous manquent cruellement : l’habitude de regarder en nous-mêmes et l’esprit de résistance. Nous avons en effet les yeux rivés sur les États-Unis, leur culture horizontale de masse nous abreuvant d’images depuis plus de cinquante ans ; mais à la différence du Québec, nous en redemandons !! Nous n’avons même pas conscience que la langue française est en train de disparaître à force de lui substituer des expressions états-uniennes dans tous les espaces (privés ou publics) de nos vies, faute d’être pratiquée et comprise, faute d’être aimée.

Vous, chers amis québécois, avez en revanche un amour véritable pour vos racines, et l’habitude d’une résistance aussi féroce que pacifique face au monde anglophone.

Pour toutes ces raisons, chers amis du Québec, vous pouvez aider la France ; vous pouvez l’aider en lui rappelant qui elle est. Peut-être alors vous apportera-t-elle enfin ce qu’elle a vocation à apporter au monde et qu’elle meurt de ne pas accomplir, en premier à ses plus fidèles amis. J’ai conscience d’arriver bien tardivement à cette prise de conscience ! J’ai conscience de la déception que les Français peuvent susciter chez les Québécois ; c’est une déception qui remonte à loin… depuis que le royaume de France a abandonné les colons et les Amérindiens à la domination anglo-saxonne.

J’espère malgré tout que vous n’en garderez pas une rancune éternelle et qu’un air de violon, une chanson partagée, une même espérance exprimée, l’amour de la langue française héritée de nos pères, viendront effacer nos lâchetés, ces malentendus, et nous réconcilier.

Oserai-je, chers amis québécois, sans aller sur le terrain mensonger de la politique, vous faire observer que chacun de nos deux pays possède un trésor spirituel, aussi inestimable qu’incomplet : vous portez fièrement au grand jour vos quatre lys ; nous cachons les nôtres au fond de nos cœurs. Gageons que nous saurons les réunir comme les deux moitiés d’un même talisman, d’un même amour, pour que, symboliquement, nous rétablissions le lien avec nos traditions et redevenions des hommes et des femmes debout. Sept lys pour deux nations qui n’auraient jamais dû être séparées. La France en a désespérément soif ; nous en avons désespérément besoin.

Le groupe québécois Les cow-boys fringants chante L’Amérique pleure. Moi, c’est sur la France que je pleure ; c’est pour la France que j’enrage ; c’est pour la langue française que je me bats.

Aujourd’hui, la France est malade, spirituellement malade, et incapable de reconnaître la tradition et l’histoire qui l’ont portée depuis le baptême de Clovis. Pourquoi ? Parce qu’elle ignore sa vocation spirituelle, pour reprendre l’expression de Georges Bernanos.

Elle n’est plus capable de reconnaître, depuis bien longtemps, les voix amies qui l’appellent à être ce qu’elle est : un rempart contre le matérialisme, une lumière parmi les nations, l’antidote à la société de consommation, une langue de la nuance et de la concorde.

S’il est une chose que, restaurée dans sa vocation, la France peut enfin apporter à son tour au Québec, c’est bien cette racine transcendante. Non pas qu’il n’y ait pas de spiritualité au Québec ! Je ne dis pas cela. Je parle bien de la vocation de chaque nation, au-delà des péripéties historiques et de l’enchaînement des victoires et des défaites. Je ne connais pas encore assez le Québec pour avoir la présomption d’énoncer la sienne bien que je la pressente. Mais je connais de mieux en mieux celle de la France, toute de littérature, de courtoisie, d’élévation de l’âme, que le monde des marchands et des robots ne parviendra jamais à lui arracher, même si elle doit, pour cela, perdre jusqu’à son nom.

Qu’il est beau que le salut de la France vienne finalement de la « Nouvelle France ». Qui mieux que le Québec peut nous redonner la saveur des mots pour dire la réalité ?

L’âge sombre que nous vivons, toujours plus acharné à détruire la vie, de l’enfant à naître au vieillard, en passant par le conditionnement des consciences, est aussi celui au milieu duquel peut brûler la plus vive clarté. La vertigineuse course au néant consumériste, en ce qui me concerne, m’oblige à raviver une mémoire depuis trop longtemps oubliée.

La langue française ne peut être sauvée – c’est-à-dire renouvelée – que de l’extérieur, par ceux qui en ont gardé la fraîcheur, la joie et l’amour de décrire la création avec des mots.

Alors, chers amis québécois, rien n’est perdu, puisque mon fils, en son imaginaire de pirate, de coureur des bois, de trappeur, de roi, se joue des histoires où je perçois de nouveaux noms jusqu’alors étrangers et qui me deviennent familiers : Samuel de ChamplainNouvelle France

Vive le Québec ! Vive la France ! Vive la langue française !

Christophe Ménager

Français de France

 

 

 

Source : imperatif-francais.org

« Confédération »

Extrait CD Têtu par Le Vent du Nord: « Confédération »

Connaissez-vous l’histoire du beau grand Canada
Ce pays emprunté, qui fut fondé trois fois
On nous l’a bien fait croire pays bilingue, égal en droits
Pour que les francophones ne se soulèvent pas

Ils ont bien évité de rebaptiser l’pays
Nommer «Borealia» leur nouvelle colonie
Ils nous ont fait le cadeau d’une bien étrange liberté

Espérant voir s’éteindre les enfants de Cartier
Les Molson et McGill s’étaient bien engagés
Dans la clique du château avaient des ficelles à tirer

Les pères fédérateurs rêvaient qu’on se sabote
Mais au retour d’exil de chez le roi despote
Le français fut sauvé par un ex-patriote

Entre deux solitudes, assez loin des combats
Une nouvelle capitale entre deux Canada
Après les cendres de Montréal on choisit la ville Ottawa

Sommes-nous qu’un préfixe à cette fédération ?
N’avons jamais signé leur chère constitution
Les Français d’Amérique ont toujours un pays sans nom
Pourquoi les francophones ne se souviennent-ils pas ?

De l’album Têtu, paru le 31 mars 2015
PAROLES ET MUSIQUE – Nicolas Boulerice

Simon Beaudry – voix, bouzouki, guitare
Nicolas Boulerice – voix, vielle à roue électro-acoustique, piano
Réjean Brunet – basse, accordéon diatonique, guimbarde, piano, voix
Olivier Demers – violon, guitare, pieds, mandoline, voix

Quatuor Trad:
violons Marie-Pierre Lecault et Émilie Brûlé
alto Karine Lalonde
violoncelle Sophie Coderre

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